Regard sur une exposition: Il y a 70 ans : Le Procès de Nuremberg

L’interprétation simultanée, des pionniers à nos jours.


"Il y a 70 ans : Le Procès de Nuremberg" a eu lieu du 18 janvier au 30 avril 2016. Organisée par la Région AIIC Luxembourg, elle avait pour but de faire découvrir des personnalités hors du commun, les interprètes de Nuremberg et de leur rendre un hommage bien mérité, comme l’on fait d’autres régions avant nous. 

En plus des biographies de vingt-cinq interprètes, elle a présenté le contexte historique et juridique, l’indispensable organisation de la profession avec la création de l’AIIC ainsi que l’évolution des conditions de travail et de la technique. Elle a relaté l’histoire de l’interprétation à la Cour de Justice et présenté brièvement les juridictions internationales qui, toutes, ont actuellement recours à l’interprétation simultanée.

L’exposition comptait 23 panneaux en français ainsi que plusieurs vitrines avec des objets d’époque, tels un hush-a-phone, des écouteurs datant des années 50, une table prêtée par l‘OTAN équipée d‘un micro et d‘écouteurs, des revues et des livres, dont un exemplaire du manuscrit de Stefan Priacel, disponible au public pour la première fois. Il y avait également une cabine mobile d’interprétation dans laquelle une vidéo d’une dizaine de minutes passait en boucle, montrant des extraits d’actualités d’époque, d’interviews, notamment de Patricia Vander Elst et de Siefgried Ramler.

L’exposition a été hébergée dans la galerie de la Cour de Justice de l’Union européenne, lieu de grand passage. Rappelons que l’institution a offert un formidable soutien logistique. Elle a été inaugurée le 18 janvier 2016 en présence d’un grand nombre de collègues, de la Présidente de l’AIIC, Angela Keil ainsi que de son prédécesseur, Linda Fitchett, d’Elke Limberger, la responsable fondatrice de la première exposition Interprètes de Nuremberg, de collègues représentant d‘autres institutions européennes et internationales. 

Dans son discours d’inauguration, le Président de la Cour, Monsieur Koen Lenaerts, a souligné que les interprètes travaillant pour la Cour, permanents et free-lances effectuent un travail de haute qualité très apprécié de tous. Il s’est félicité de cette contribution majeure des interprètes à l’activité juridictionnelle de l’institution.

C’est au nom de la région que la secrétaire régionale a présenté l’exposition. Dans cette allocution, elle a également montré à quel point, malgré les conditions techniques rudimentaires, le travail des pionniers de Nuremberg a présagé de ce qu’allait devenir l’exercice de la profession. Les récits, témoignages et écrits de collègues de l’époque décrivent cette grande première de l’interprétation simultanée en quatre langues. Il est frappant de  constater que les caractéristiques de l’interprétation effectuée à Nuremberg sont, aujourd’hui encore, un gage de qualité ainsi que les piliers de la pratique de l’interprétation de conférence.

  1. Les qualités personnelles requises pour un interprète : tempérament réactif, curiosité  intellectuelle naturelle, faculté d’adaptation immédiate aux sujets les plus divers, excellente mémoire, vaste culture générale en plus de la connaissance approfondie des langues de travail et d’une parfaite maîtrise de la langue maternelle.
  2. La vision directe sur tous les intervenants qui permet à l’interprète de comprendre tout le langage non verbal, et d’intégrer dans ses paroles la signification complète du message, y compris celle des mimiques lourdes de sens. Certes, on entend par ses oreilles mais on comprend grâce à ses yeux !
  3. Le devoir de neutralité personnelle, voire même de „dépersonnalisation“, qui a sans doute permis aux interprètes de faire consciencieusement leur travail à Nuremberg malgré la lourde charge émotive. L’interprète se fait la voix et la pensée de l’orateur.
  4. L’absolue nécessité de préparation, d’étude des documents. Les interprètes doivent être prêts sur le plan terminologique. Cela va de soi mais ne suffit pas. Ils doivent comprendre le sujet traité. La familiarisation avec le thème débattu est LA condition préalable à la réalisation d’un travail de qualité.
  5. Le respect du secret professionnel total et absolu : un autre pilier de l’exercice de la profession. Il s’agit du fondement de la confiance qui s’établit entre l’orateur et l’interprète et donc de leur complicité.

L’exposition a situé les interprètes de Nuremberg dans le contexte de l’époque et a tracé les grandes lignes de l’évolution de la profession. Deux panneaux étaient consacrés à la naissance de l’AIIC et à son oeuvre : faire d’un métier millénaire une profession à part entière en la codifiant, en lui donnant un code d’éthique, en participant à l’élaboration des normes techniques et en rassemblant les interprètes de conférence des cinq continents en une seule association mondiale.

L’idée du projet de cette exposition à Luxembourg est née dans la foulée de l’Assemblée d’Addis Abeba. Un petit groupe de collègues a retroussé ses manches et a investi beaucoup de temps et de travail dans sa réalisation. Il a été largement récompensé par l’accueil réservé au niveau de l’institution ainsi que les nombreux commentaires positifs et élogieux.



                                            L'equipe (Photo by Steve Eastwood)



Recommended citation format:
Bernadette WEBER-KESSLER. "Regard sur une exposition: Il y a 70 ans : Le Procès de Nuremberg". aiic.net June 16, 2016. Accessed November 23, 2017. <http://aiic.net/p/7672>.



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