Les nouvelles technologies : le point de vue du SCIC

Les nouvelles technologies sont-elles un bien ou un mal ? Ni l'un ni l'autre

L'évolution de la société de l'information, les autoroutes de l'information, l'explosion de nouveaux moyens et réseaux de communication, les interactions possibles entre téléphonie, ordinateurs, télévision vont changer et enrichir les formes de communication.

D'aucuns présentent les nouvelles technologies de l'information et de la communication comme la solution de tous nos problèmes. D'autres les condamnent sans appel. Les nouvelles technologies sont-elles un bien ou un mal ? Ni l'un ni l'autre. Elles sont des outils neutres et se révéleront bénéfiques ou non en fonction de l'utilisation qui en sera faite.

Il nous appartient, en tant que praticiens, d'être au coeur du débat pour l'orienter et de faire preuve d'imagination pour chercher les solutions technologiques les plus appropriées aux besoins des utilisateurs de nos services, dans le respect des normes techniques et des bonnes pratiques professionnelles.

Le service commun interprétation-conférences (SCIC) de la Commission européenne a créé à cet effet plusieurs ateliers ouverts à tous les collègues désireux de contribuer à la réflexion sur notre avenir professionnel. Il ne s'agit pas de tables rondes pour couper les ordinateurs en quatre, mais bien d'ateliers pour réfléchir, expérimenter, élaborer des propositions opérationnelles dans les domaines suivants (la liste est ouverte) :

  • Téléconférences. Les avancées technologiques permettent de reprendre les expériences interrompues en 1995 faute d'une qualité suffisante du son et de l'image. Bien que les réseaux RNIS n'offrent pas une largeur de bande suffisante pour répondre aux critères établis dans la norme ISO 2603, d'autres liaisons, satellitaires ou à fibre optique, ouvrent des perspectives intéressantes, surtout étant donné les percées dans la norme MPEG. Indépendamment des questions liées au type de connexion, déjà bien connues, une expérience a été faite en janvier 2000 pour répertorier les aspects qu'il y a lieu d'approfondir dans le domaine des téléconférences au sens large. Les résultats sont disponibles sur le (site WEB du SCIC). Cet essai, réalisé avec du matériel dernier cri, a mis en évidence que, indépendamment du nombre d'écrans et de la compétence professionnelle des caméramen et mixeurs d'images, la perception des messages à interpréter en situation de téléconférence pose des difficultés accrues, le degré de difficulté augmentant avec la multiplication des interventions de part et d'autre de la table.
  • Des problèmes de santé (migraines, nausée) de concentration et de fatigue ont été rapportés ; la question de la durée maximale de prestations devant écran a également été évoquée. En revanche, la vue en gros plan des orateurs a été perçue comme un avantage. Les travaux futurs du groupe devraient aborder les questions auxquelles il n'a pas été possible de répondre lors de ces essais (notamment comment garantir la sécurité et la confidentialité des transmissions) et approfondir d'autres domaines (tels que la santé, le mixage, l'éclairage, le type d'écrans) applicables aux vidéoconférences. Il apparaît assez clairement de ces essais que des percées sont possibles, avec une technologie appropriée, dans tous les cas où la perception est la même pour les délégués et les interprètes.
  • Communication multilingue dans les médias. Le souhait d'augmenter la transparence et de rapprocher l'Europe des citoyens passe nécessairement par une plus grande utilisation des médias. Comment y apporter le multilinguisme ? L'interprète doit-il changer sa manière de travailler lorsque sa prestation est diffusée en direct sur les ondes radio, TV ou Internet ? Si oui, en quoi ? En cas de diffusion en différé, peut-il (doit-il) retravailler son interprétation en post-synchronisation ? Le groupe s'est penché sur la nécessité de former les interprètes appelés à travailler en direct sur les ondes de la radio, TV et Internet. Des contacts ont été pris avec le service d'interprétation de la chaîne franco-allemande Arte, qui organise des stages de formation pour interprètes de télévision et une formation a été expérimentée en décembre 99. Les résultats ont été jugés satisfaisants. Il s'agira d'en évaluer le rapport coût/bénéfice ainsi que les synergies nécessaires pour étendre ce type de formation à toutes les langues officielles de l'Union.
  • Conférences virtuelles multilingues. Examiner les possibilités offertes par la mise en réseau d'outils de communication, par exemple comme instrument de préparation aux réunions en face à face (pour déblayer le terrain, comprendre la proposition d'une autre délégation, communiquer sa position pour qu'elle soit clairement comprise par toutes les autres délégations, dans leur langue, avant de se déplacer pour la réunion de négociation) ou encore pour inclure le multilinguisme dans des réseaux existants ou à créer (alerte rapide en cas de pollution ou de risques pour la santé des consommateurs ; coopération policière et judiciaire, etc.)
  • Nouvelles technologies accessibles aux non voyants / mal voyants. Comment faciliter l'accès des non voyants / mal voyants aux sources d'information électroniques. Le groupe a, dans un premier temps, fait le tour des matériels et logiciels disponibles sur le marché pour mettre ensuite à l'essai les produits qui semblent le plus appropriés.
  • Reconnaissance vocale. Suivre l'évolution dans ce domaine pour mieux cerner dans quels domaines la reconnaissance vocale peut servir d'appui aux communications multilingues (interactions possibles avec les groupes non voyants/mal voyants ; supports technologiques aux conférences ; chats sur Internet et conférences virtuelles. Suivre également les travaux de recherche en matière d'ingéniérie linguistique, d'intelligence artificielle et interprétation automatique.
  • Supports technologiques au conférences. Suivre les progrès dans l'audiovisuel et les équipements de conférence, essayer les innovations prometteuses.
  • Santé. Cet atelier s'attache, de manière horizontale, à examiner les conséquences éventuelles sur la santé des utilisateurs de nouvelles technologies dans le domaine de l'interprétation.
  • Chats multilingues sur Internet. Après une première mondiale de chat en 11 langues sur Internet, en 1996, cet atelier continue les recherches en vue d'améliorer les techniques et les méthodes de transposition multilingue des messages (dans le cas d'espèce, il s'agit de traduction à vue en direct). Le SCIC a déjà assuré la réalisation de 10 chats multilingues sur Internet. L'idée, pour les Commissaires européens qui se sont livrés à cet exercice, est de dialoguer en temps réel avec les citoyens sur des questions d'actualité dans toutes les langues officielles de l'Union européenne. Le dernier en date (chat de Mme Wällstrom) a eu lieu le 3 février 2000. Il est intéressant de constater que lorsque les internautes ont la possibilité d'utiliser leur propre langue, l'anglais, dont la présence est prépondérante sur Internet, ne représente plus que 28% des consultations. Faut-il en déduire que c'est une question de confort ou que la participation de certains à cet exercice de démocratie directe a été rendue possible parce que la barrière de la langue était tombée ? A titre illustratif, voici les statistiques de consultation du site EUROPA dans les semaines qui ont précédé le chat du 2 février, ventilées par langue. Les pourcentages d'interventions dans les différentes langues lors du chat proprement dit étaient grosso modo semblables. 



    (Total des consultations: 16.319 hits. Source : Centre de Calcul de la Commission européenne)

Pour le SCIC, il importe de veiller à ce que le multilinguisme ne soit pas sacrifié sur l'autel des nouvelles technologies et que toutes les langues officielles de l'Union soient traitées sur un pied d'égalité.



Recommended citation format:
J.A. ESTEBAN CAUSO. "Les nouvelles technologies : le point de vue du SCIC". aiic.net March 24, 2000. Accessed April 21, 2019. <http://aiic.net/p/129>.



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Vincent Buck

   

1. Machine Translation 83%

Machine Translation. by Martin Kay of Xerox-PARC, Palo Alto, CA, and Stanford

University. History of Machine Translation. At the end of the 1950s,...

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http://www.lsadc.org/Kay.html


2. MACHINE TRANSLATION: An Introductory Guide 82%

Next: Preface MACHINE TRANSLATION: An Introductory Guide Doug Arnold Lorna Balkan

Siety Meijer R.Lee Humphreys Louisa Sadler Preface Contents Introduction and Overview

Machine Translation in Practice Representation and Processing Machine...

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3. Machine Translation: The Disappointing Past and Present 76%

(Human-Aided) Machine Translation: Up: 8 Multilinguality Previous:......Previous:

8.1 Overview 8.2 Machine Translation: The Disappointing...

Found by: Google, WebCrawler

http://cslu.cse.ogi.edu/HLTsurvey/ch8node4.html


4. Links on Machine Translation (MT) 65%

This page will point to other MT-related web sites. Most of the links on this

page originate from the Georgetown University's Machine Translation pages. Introduction

Machine Translation: an Introductory ...

Found by: Google, Infoseek

http://www.ife.dk/url-mt.htm


5. Lost in Translation - 98.12 54%

Translation programs are becoming more and more sensitive

Found by: EuroSeek

http://www.theatlantic.com/issues/98dec/computer.htm

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Stefano Marrone

   

I found the pie-chart simply fascinating and much more eloquent than many rhetorical tirades on linguistic democracy (which we should always defend both as European citizens and, of course, in our professional capacity). Thanks to those who conceived and carried out this experiment!

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Vincent Buck

   

Having "interpreted" -- in fact we're talking about sight translation -- one multilingual chat, I am more than sceptical about the whole idea.

Let me tell you how it works:

As far as the interpreter is concerned, the job is as stressful as translation and interpretation combined. This is what awaits you: Sitting in front of your computer, you get in one window all messages to be translated into your target language. In that particular case, all messages posted in French scrolled down my screen, to be translated into English.

What you have to do is freeze the input window on one message and type up its translation. By the time you've sent your first translated message, you scroll down the input window again to see what other postings have arrived. And to your horror 5 new messages have been sent in the time you were translating the first one...

So the whole assignment is in fact a race against the clock. Seasoned interpreters will rarely be left behind even by fast speakers. But sight translation in an Internet chat is another kettle of fish...

At the end of the 90 minutes, I was frazzled, and my colleague next to me who was doing German into French was still waiting for her first message...

It goes without saying that the workload could easily be shared between several "interpreters" with the same source and target languages, but the real problem lies elsewhere:

The types of messages you get are typically off-the-cuff comments, so typical of spoken language in their form: The syntax is poor, repetition and inaccuracies abound. You really have to switch on your radar sometimes to get the "speaker's" point and put it across in the other language.

My interpreter colleagues will tell me that that's what we do every day in the booth. Well not really. Actually, what develops during the chat is a discussion thread between some of the participants. The problem is that any discussion thread has its own dynamic. As an interpreter in the booth, you follow it from beginning to end, and so you know what people are talking about. It is a bit more difficult in a chat, since you are engaged in the translation of many discussion threads at the same time. And the messages you translate in succession are almost always under different threads. So it is easy to lose the ... thread, and it is therefore much more difficult to "interpret" inaccuracies from the context.

Also, above and beyond the translation difficulties, I do not think that Internet chats lead to meaningful exchanges. Verbal and written communication, as we know, are of two different orders. A chat essentially is a hybrid between both forms. You just type the first thing that comes to mind. The time pressure is such that you don't take the time to sit back and think. And those you "hear" most are those who type faster, not necessarily those who think faster.

Anyone else out there with some multilingual chat experience?

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Manuel Sant'Iago Ribeiro

   

It would be interesting to have some details in re the training provided by their center... perhaps they could benefit from our Training Cmt's input..and we could perhaps set up some short training for our members...??

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Irene Kruse

   

La traduction assistée par ordinateur, même insatisfaisante, existe déjà; elle est proposée sur un certain nombre de sites ou moteurs de recherche. Quelle incidence, et à quelle échéance, pour le travail de l'interprète?

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