Interprètes en langue des signes : une profession de niveau universitaire

Les changements apportés dans la formation des malentendants ainsi que l’évolution de la législation ont élargi le champ d’intervention possible des ILS et conduit à une explosion de la demande en int

La profession d’interprète en langue des signes (ILS) est relativement récente en Allemagne où elle s’est établie de façon officielle vers le milieu des années 80.

Grâce à l’intervention d’Interprètes en Langue des Signes (ILS), les sourds ont désormais accès à de nombreux domaines qui leur étaient jusqu’alors fermés. Les changements apportés dans la formation des malentendants (on débat encore en Allemagne de l’utilité d’enseigner la langue des signes dans les écoles de sourds) ainsi que l’évolution de la législation (reconnaissance officielle depuis 2002 de la langue des signes allemande comme langue à part entière) ont élargi le champ d’intervention possible des ILS et conduit à une explosion de la demande en ILS qualifié(e)s. La création de différents cursus de formation en LS depuis les années 90 vient confirmer cette tendance.

Tout comme pour nos langues de travail habituelles (orales), l’interprétation en langue des signes a lieu en simultanée ou en consécutive. La langue des signes allemande (DGS = Deutsche Gebärdensprache) est utilisée pour la communication entre sourds et entendants. Sa grammaire est différente de celle de l’allemand. Il existe par ailleurs deux autres formes d’ILS:

  • La translittération, soit l’interprétation en signes qui accompagnent la langue orale. Cette forme d’interprétation est utilisée pour les malentendants ou les personnes ayant perdu l’ouie tardivement. Les phrases sont transcrites, la syntaxe et la grammaire restent identiques. L’interprète ne transfère pas le message d’une langue dans l’autre, mais reproduit les mots énoncés verbalement par des signes en maintenant un décalage temporel le plus court possible.
  • L’alphabet pour sourds et muets : il s’agit d’un système de communication tactile. L’interprète dessine du doigt les signes correspondant aux lettres de l’alphabet dans la main de la personne sourde et muette.

La langue des signes internationale quant à elle est une autre forme de communication utilisée entre sourds d’origines différentes ; elle ne constitue pas un système linguistique au sens propre.

En novembre 2003, l’association allemande des interprètes en langue des signes (Bundesverband der Gebärdensprachdolmetscher – BGSD) organisa son premier congrès intitulé « Interprètes en langue des signes – Une profession de niveau universitaire ». Y furent évoquées surtout la formation des ILS (programmes et examens) et la qualité de la profession. Le BGSD aspire également au développement des échanges et de la collaboration avec d’autres associations et institutions. C’est à ce titre que des représentants du BDÜ (Association allemande des interprètes et des traducteurs), de l’Université de Graz et de l’AIIC furent invités à présenter leur association ou leur institution.

M. Pöhler, Président du BGSD, ouvrit le congrès par un bref aperçu historique de l’association et du développement de la profession. À la fin des années 80, les interprètes allemands en langue des signes s’étaient regroupés en vue de créer une formation professionnelle et une qualification des ILS. Il y avait à cette époque en Allemagne 80'000 sourds et seulement 390 ILS (dont 18 salarié(e)s). Chaque malentendant faisait appel aux services d’un ILS pour moins d’une heure par an. La première formation universitaire fut instaurée à Hambourg en 1993. Aujourd’hui, la formation qui conduit au diplôme d’interprète en langue des signes est offerte aussi à Magdeburg et à Zwickau. D’autres programmes de qualification sur deux ans sont également proposés aux interprètes actifs sans formation universitaire. La première rencontre au niveau national des ILS eut lieu en 1995 et, en 1997, le décret de Hanovre fixa le profil de la profession (conditions de travail, exigences de formation et recommandations pour la rémunération des ILS). En mars 2002, le BGSD adopta un texte qui définit la profession d’ILS (le code de déontologie et les compétences requises sont très similaires aux exigences de l’AIIC). Aujourd’hui, l’association regroupe 280 membres dans 14 Länder. Cela signifie que plus de 50 % des ILS sont membres.[2]

Le directeur de la FHTW (Fachhochschule für Technik und Wirtschaft, établissement d’enseignement technique et économique supérieur de Berlin) évoqua ensuite la possibilité de créer une filière ILS. L’évolution de l’ILS du point de vue des sourds fut présentée par Mme Gerkens qui se félicita au passage de la création de la « Commission qualité pour la formation et les examens des ILS ». Son intervention fut suivie d’un exposé sur l’étymologie et l’origine sémantique du terme « professionnalisme ». Bianca Schulz, chargée des relations publiques pour la Région Allemagne de l’AIIC, présenta notre association et invita le BGSD à venir à leur prochaine assemblée régionale qui se tiendra à Leipzig en novembre 2004. M. Zänker du BDÜ parla des interprètes auprès des tribunaux ; Mme Fischer également relata son expérience personnelle en tant que sourde avec les interprètes, sa difficulté à se considérer comme une « cliente » et à engager un(e) ILS par contrat. Selon elle, les sourds doivent encore s’adapter au caractère professionnel des ILS et être mieux informés de leurs droits dans une telle situation. M. Stolz raconta l’expérience positive faite avec les ILS dans l’enseignement.

Le deuxième jour fut consacré à un échange de vues entre ILS indépendants et salariés, débutants et expérimentés, ainsi qu’aux résultats du travail de la Commission qualité chargée de la vérification des programmes d’enseignements et du niveau des examens pour ILS.

À noter qu’en Allemagne, les ILS sont peu nombreux à connaître suffisamment l’anglais pour pouvoir travailler à partir de cette langue lors de congrès internationaux. Certes, il existe en Angleterre des stages de quelques jours (insuffisants) à l’intention des ILS non anglophones, mais aucun cours d’anglais dans les formations d’ILS en Allemagne, bien que l’intérêt parmi les collègues ILS soit réel. Il faudrait envisager une évolution sur le long terme.

Néanmoins, force est de constater que cette nouvelle branche de l’interprétation a désormais une existence pleine et entière. Nos contacts avec les collègues ILS attestent d’une ouverture de l’AIIC vers un public de plus en plus large et témoigne ainsi à sa manière de son refus de l’exclusion.

D’ailleurs, depuis le congrès, la Région Allemagne de l'AIIC a installé sur son site Web un lien vers le site du BGSD. La réciproque devrait être réalisée sous peu.


Abréviations

  • BGSD : Bundesverband der Gebärdensprachdolmetscher (Association allemande des interprètes en langue des signes)
  • DGS : Deutsche Gebärdensprache (langue des signes allemande)
  • ILS : Interprétation en langue des signes / interprète en langue des signes
  • BDÜ : Bundesverband der Dolmetscher und Übersetzer e. V. (Association allemande des interprètes et des traducteurs

[1] Aude-Valérie Monfort est chargée des contacts avec les ILS au sein de la Région Allemagne de l’AIIC
[2] Le BGSD regroupe les associations d’ISL régionales qui existent dans la plupart des Länder, les ISL pouvant choisir également de s’inscrire directement auprès du BGSD.



Recommended citation format:
Aude-Valérie MONFORT. "Interprètes en langue des signes : une profession de niveau universitaire". aiic.net March 8, 2004. Accessed August 21, 2019. <http://aiic.net/p/1396>.



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Comments 3

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Roberfroid bénédicte

   

Bonjour,

En tant que présidente de l'association des ILS en Belgique,je suis membre de la comission instaurée suite à la reconnaissance de la langue des signes et chargée d'établir un cadre légal pour l'ILS.A ce titre,je serais intéressée de prendre connaissance du décret de Hanovre.

D'autre part,l'association a l'intention d'organiser un colloque au mois d'oct.2005.Valérie Monfort serait-elle disposée à nous faire part de l'évolution de la situation en Allemagne ,tendant vers une professionnalisation de la profession et une reconnaissance du statut.En Belgique,le processus est à peine amorcé...

Dans l'attente de vous lire,je vous remercie sincèrement .

Roberfroid Bénédicte.

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Aude-Valérie Monfort

   

Merci de votre correction. On a beau lire et relire ce que l'on écrit, il arrive qu'une erreur se glisse. L'alphabet tactile est bien pour les sourds et aveugles.

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Anne Bamberg

   

Très intéressant article. Je m'en réjouis et vous en félicite. Voici cependant une petite remarque concernant une erreur qui s'est glissée dans le texte. Le système de communication tactile inscrivant des lettres dans le creux de la main concerne les personnes sourdes et aveugles. Il s'agit bien d'un alphabet pour sourds-aveugles.

J'aimerais pouvoir entrer en contact postal avec Aude-Valérie Montfort. Est-ce possible de me communiquer son adresse?

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