Petit guide pratique à l'usage des jeunes interprètes de conférence

INTRODUCTION

Le présent opuscule s'adressant aussi bien aux interprètes de conférence débutants qu'aux interprètes déjà bien installés dans la profession, les vieux routiers du métier y verront peut-être un tissu d'évidences, tandis que les jeunes ne comprendront peut-être pas toujours le bien-fondé et l'importance de certains conseils.

Nombreux sont ceux qui, interprètes ou délégués, ont contribué par leurs critiques ou leurs louanges à l'élaboration de ce petit vademecum. Qu'ils en soient remerciés ici.

Sans doute, au départ, la "qualité", - cette qualité que chacun sait reconnaître mais qui échappe à l'analyse - était-elle le premier souci des auteurs. Mais ils ont vite constaté , à la lecture de nombreux témoignages reçus, que ce sont, le plus souvent, de simples manquements à des règles élémentaires qui ternissent, non seulement l'image que se font les délégués de l'interprète, mais aussi celle que se fait ce dernier de ses propres collègues.

A une époque où la consécutive se fait de plus en plus rare; où le nombre de langues de travail va se multipliant; où la machine administrative impersonnelle vous affecte le matin à une réunion sur l'étain, suivie l'après-midi d'une séance sur l'énergie nucléaire, sans qu'il y ait de raison apparente à ce changement et sans que l'interprète ait le temps de se préparer convenablement; où l'on recrute des cohortes de jeunes interprètes tout frais émoulus de leurs écoles (et parfois à peine dégrossis) pour meubler des cabines de plus en plus nombreuses, il est devenu urgent de sauvegarder la qualité et de fixer des normes, car il y va de l'image de marque de notre profession. Or, cette image, c'est chacun de nous qui contribue à la créer.

Si, dans les pages qui suivent, nous nous sommes efforcés de respecter un certain ordre logique pour traiter des aspects pratiques de la vie de l'interprète, la réalité est souvent tout autre et se moque de la logique.

I. OBLIGATIONS CONTRACTUELLES

Les offres d'engagement proviennent de sources très variées : organisations intergouvernementales, organisations ou firmes privées, organisateurs de conférence professionnels ou improvisés, ou enfin collègues interprètes.

Lorsque l'offre émane d'une organisation intergouvernementale, il est rare que les conditions de travail et de rémunération ne soient pas conformes aux règles de l'AIIC ou aux conditions fixées dans un accord sectoriel qu'aurait signé l'AIIC avec l'organisation en question. En cas de doute, renseignez-vous auprès d'un collègue qui travaille dans ce secteur. (A l'heure actuelle, il existe des conventions, entre autres, avec les communautés européennes, la famille des Nations Unies et les Organisations coordonnées. Ces conventions sont en règle générale révisées tous les cinq ans.)

Si c'est une organisation ou une firme privée qui recrute, bien souvent, elle ignorera les conditions de travail et de rémunération de notre profession. Il faudra l'en informer avec tact et courtoisie. Si vous êtes débutant et ne savez comment vous y prendre, demandez conseil à un interprète de conférence plus expérimenté.

Les organisateurs de conférence professionnels, quand ils ne sont pas interprètes eux-mêmes, ont parfois tendance à ne pas respecter à la lettre les normes de l'AIIC, encore que beaucoup d'entre eux aient appris à leurs dépens qu'une telle politique n'est guère propice à une interprétation de qualité.

Les collègues qui vous offriront un contrat seront le plus souvent d'anciens professeurs à vous, si vous êtes passé par une école, ou des interprètes qui ont la même combinaison de langues que vous. Quoi qu'il en soit, tout membre de l'AIIC est habilité à recruter.

D'où que provienne l'offre, il est de votre devoir de vous informer des conditions d'emploi dans la profession ainsi que des termes du contrat, et de veiller à ce qu'ils soient respectés. Il se peut qu'au début, vous ayiez quelque peine à vous y retrouver dans le calcul complexe des combinaisons de langues et du nombre d'interprètes nécessaires pour telle ou telle conférence, ou celui du per diem (que certains préfèrent appeler per noctem, chacun ses goûts), ou des frais d'approche, etc. Plutôt que de risquer de vous tromper, faites-vous aider par quelqu'un de plus expérimenté.

Ne manquez pas de lire attentivement votre contrat avant de le signer. Tenez un calendrier précis de vos dates d'engagements. Répondez rapidement à toute offre de travail, écrite ou verbale. Si vous donnez un numéro de téléphone, faites en sorte qu'il y ait toujours quelqu'un qui connaisse vos dates disponibles pour répondre à ce numéro, ou, à défaut, achetez un répondeur automatique que vous écouterez tous les jours. Ouvrez sans tarder les enveloppes contenant les documents relatifs à la conférence, même si vous n'avez pas besoin de les étudier sur-le-champ. Votre contrat, ou un éventuel avis de changement de l'heure et du lieu de la conférence peuvent être enfouis dans la pile de rapports et de communications techniques qui vous a été adressée. Les organisateurs n'apprécient guère, et ils ont raison, qu'on leur réclame un document qu'ils vous ont déjà envoyé.

Une fois le contrat signé, n'essayez pas de vous en libérer parce que quelqu'un d'autre vous a offert une conférence plus alléchante. Si vous devez vraiment vous faire remplacer, commencez par demander à ceux de vos collègues qui vous paraissent les plus indiqués s'ils sont libres aux dates prévues, sans entrer dans d'autres détails. Pressentez alors l'organisateur pour voir s'il est prêt à accepter le ou les noms que vous proposez. Si c'est un collègue qui vous a recruté, consultez-le en premier. Il se sera donné beaucoup de mal pour former une équipe homogène et ne sera guère satisfait si vous lui proposez un élément indésirable ou qui romprait l'harmonie du groupe. Et dites-vous bien que si vous vous livrez à ce genre d'exercice trop souvent, vous acquerrez la réputation fâcheuse d'être quelqu'un à qui on ne peut se fier.

II. COMMENT SE PREPARER A UNE REUNION

Il est bon d'avoir un système, peu importe lequel, qui permette de classer les documents, anciens ou nouveaux, par sujet ou par organisation. A moins que vous ne soyiez doté d'une mémoire photographique (et même celle-ci peut s'émousser sous l'effet de la fatigue ou du temps), il vous faut indexer, de manière à les retrouver facilement et rapidement, les mots clef, l'appellation des comités et des différents groupes de travail, avec leur traduction officielle dans toutes vos langues, ainsi que le nom et le titre des fonctionnaires des organisations pour lesquelles vous avez travaillé et travaillerez peut-être encore. L'interprète, même free-lance, doit s'identifier à l'image "maison" que projette l'organisation qui l'emploie et s'y intégrer complètement. Mieux il y parviendra, meilleures seront ses chances d'être réengagé par elle.

Etudiez les documents dans toutes vos langues, si les organisateurs ont pris la peine de vous les envoyer; le plus utile, quant au fond, s'il s'agit d'une conférence périodique, c'est le compte rendu, ou rapport de la dernière session. N'hésitez pas à avoir recours à l'Encyclopédie ou à des ouvrages de bonne vulgarisation. La connaissance du sujet est à l'interprète ce qu'est la connaissance du terrain au combattant. Préparez votre propre glossaire multilingue. Notez le "jargon" technique propre à chaque groupe.

Ceux d'entre vous qui ont fait l'investissement d'un ordinateur portatif n'auront plus besoin de carnets de notes disparates ou de feuilles volantes difficiles à classer. L'ordinateur se chargera d'emmagasiner votre vocabulaire de mille et une façons : par sujet, par organisation, par comité ou groupe de travail, et naturellement aussi par ordre alphabétique, encore que ce dernier, pour l'interprète, ne soit pas le plus pratique. En effet, chaque organisation engendre sa propre terminologie ou prête un sens particulier à des termes d'usage courant. "Steering group" sera, ici, "comité restreint", ailleurs, "comité directeur". Le fait que le même mot puisse avoir une acception différente suivant l'organisation explique que le classement style "dictionnaire" n'est pas le plus sûr. Si vous n'avez pas d'ordinateur et que vous envisagiez d'en acheter un, vous pouvez vous adresser au Groupe de travail AIIC sur les ordinateurs (GRIP), qui vous conseillera en matière de logiciel et de matériel.

Soyez prêt à faire profiter vos collègues de votre travail terminologique, mais ne devenez pas, quant à vous, un "pique-assiette" systématique de la terminologie des autres.

Une séance d'information, ou "briefing", même courte, immédiatement avant la conférence, est très précieuse, car, non seulement elle permet de mieux se préparer à une conférence technique difficile, mais elle donne aussi l'occasion à l'interprète de s'affirmer en tant que professionnel compétent et consciencieux. Un "briefing" bien organisé, c'est-à-dire une séance de travail entre interprètes et spécialistes du sujet traité, de préférence connaissant les langues qui seront utilisées à la conférence, n'a pas de prix. L'interprète qui a bien étudié ses documents, qui a parcouru quelques livres ou articles sur le sujet de la conférence, pourra poser des questions pertinentes aux experts. Ceux-ci, en général, sont ravis de répondre et d'expliquer le fonctionnement de telle ou telle machine, ou le déroulement de tel ou tel procédé de fabrication. Ce genre de dialogue favorise une meilleure compréhension mutuelle. Grâce à des questions intelligentes et bien informées, l'interprète fera prendre conscience à ses interlocuteurs des exigences de son métier et il leur inspirera confiance dans ses capacités professionnelles.

III. LE TRAVAIL D'EQUIPE EN CONFERENCE

Les seuls participants à une conférence qui ne peuvent se permettre d'être en retard sont les interprètes. Il arrive que dans tel ou tel comité les délégués soient habituellement en retard. Mais gare à l'interprète qui déciderait de suivre leur exemple. Comme par hasard, ce jour-là, ces mêmes délégués seraient tous à l'heure et attendraient, de mauvaise humeur, que Monsieur ou Madame l'interprète veuille bien se montrer. En fait, il faut être sur place quinze minutes au moins avant l'heure prévue, afin d'avoir le temps de se procurer le tout dernier document sorti, voire de prendre les dispositions nécessaires au cas où le comité aurait décidé, à la dernière minute, de se scinder en deux groupes de travail ou de changer de salle.

Les arrangements entre collègues d'une même cabine doivent reposer sur une pleine connaissance de la situation d'ensemble. Le partage de la charge de travail ne doit pas se faire uniquement en fonction des desiderata d'un des interprètes de la cabine. Il dépendra de la nature de la conférence, du sujet traité et des conditions générales de travail. Il faut qu'à tout moment toutes les langues de la conférence soient couvertes. S'en tenir rigoureusement à "sa" demi-heure, ou se répartir systématiquement à l'avance les orateurs, n'est bon pour personne, interprètes ou délégués. C'est ainsi qu'il faut éviter de changer d'interprète au milieu d'un discours, à moins d'avoir été prévenu d'avance que l'orateur allait parler pendant des heures. On ne change pas de chevaux au milieu du gué.

Lorsque le recrutement a été bien fait, de façon à couvrir toutes les langues de la réunion, il n'y a aucune excuse à un recours excessif au relais, ou à l'absence soudaine d'une combinaison linguistique. Or, c'est ce qui peut se produire si la coordination entre cabines est imparfaite. Le chef interprète ou, en son absence, le chef d'équipe, doit soigneusement coordonner les arrangements entre interprètes. Encore faut-il qu'il soit chaque fois consulté par les interprètes concernés.

Si l'on ne peut vraiment se passer du relais, il est au moins possible au "pivot", celui sur qui les autres prennent en relais, de faciliter la tâche de ses collègues en utilisant un langage aussi simple et clair que possible et en veillant à toujours terminer ses phrases. Il doit aussi annoncer chaque changement d'orateur. Avant la réunion, ceux qui dépendront du relais doivent faire savoir au "pivot" qu'ils auront recours à lui pour l'italien, le russe ou toute autre langue. Si le pivot est excellent, félicitez-le. S'il est moins bon, ne vous précipitez pas sur lui en fin de séance pour l'accabler de reproches. Essayez au contraire de faire des remarques constructives tout en montrant que vous êtes conscient de ses difficultés et en vous excusant d'alourdir encore sa tâche en le prenant en relais.

N'oubliez pas de prévenir le technicien du fait que la cabine A va prendre en relais sur la cabine B. D'une installation technique à une autre, le système du relais peut varier. Demandez aussi à faire un essai préliminaire, pour être sûr que l'on entend bien la cabine du pivot.

Lorsque votre cabine ne travaille pas, vous pouvez certes vous détendre. Mais suivez quand même le débat et n'hésitez pas à éconduire poliment les fâcheux qui, par leur bavardage inconsidéré, vous empêchent d'écouter.

De même, ne sortez pas systématiquement de cabine pendant votre demi-heure de repos. Suivez, au contraire, la discussion. Certaines expressions, certaines images ou plaisanteries risquent de ressurgir pendant votre demi-heure; il faut y être préparé.

Si vous devez absolument sortir, ne revenez pas à la dernière minute. Donnez-vous cinq minutes pour reprendre le fil du discours.

Inversement, si, pour des raisons impérieuses, votre collègue s'absente pendant sa demi-heure entière ou davantage, quand il revient, ne lui repassez pas le micro à la seconde même. Donnez-lui le temps de se "remettre dans le bain". En quelques mots rapides, expliquez-lui où en est le débat. Le cas échéant, prévenez-le que tel ou tel délégué a fait une plaisanterie ou utilisé un terme susceptible d'être repris dans la discussion. Et si, en fin de séance, on vous annonce que c'est une nouvelle équipe qui va prendre la relève le lendemain, laissez une petite note en cabine pour mettre vos collègues au courant.

N'ayez point de fausse honte. Si vous avez besoin de l'aide de votre collègue, dites-le lui franchement. De votre côté, n'accablez pas de votre sollicitude quelqu'un qui ne vous a rien demandé. Tout excès dans un sens ou dans l'autre est nuisible.

Si vous avez une longue expérience du métier, ne soyez pas avare de vos connaissances. Partagez-les avec les autres. Ce qui compte, après tout, c'est le travail de l'équipe. Ne vous gaussez pas d'un "nouveau" parce qu'il ignore tel ou tel terme. Vous aussi avez été débutant. Si, au contraire, vous surprenez un "ancien" à ignorer le sens d'une expression, inutile d'aller le clamer sur les toits.

Si vous avez le trac, essayez de ne pas le transmettre aux autres. A défaut de pouvoir le cacher, ouvrez-vous en franchement à vos collègues. On a vu des équipes entières voler au secours d'un des leurs qui paniquait.

Un certain préjugé oppose parfois interprète permanent à interprète free-lance. On se doit, de part et d'autre, de l'oublier. Il importe avant tout d'établir une ambiance de travail agréable - le statut des uns et des autres n'a rien à voir avec la conférence.

Même si vous êtes une "étoile" de l'interprétation, présentez-vous à vos collègues qui ne vous connaîtraient pas. Il y en a sûrement. D'une façon générale, il appartient aux anciens de tout faire pour mettre les débutants à l'aise. Ces derniers, de leur côté, doivent s'attacher à bien travailler et non pas à impressionner ou flatter leur collègue de cabine chevronné.

Outre les documents que vous aurez reçus à l'avance, on vous en distribuera d'autres sur place. Efforcez-vous, en cabine, et de concert avec votre collègue, de les classer selon un certain ordre. Une fois un système adopté, respectez-le. S'il n'y a qu'un jeu de disponible pour deux, lorsque vient la fin de votre demi-heure de travail, repassez la pile à votre collègue, si possible dans l'ordre.

Parfois, les organisateurs vous demanderont de leur rendre les documents à la fin de la réunion. N'omettez pas de le faire et, là encore, dans l'ordre où on vous les a confiés.

Ne communiquez jamais un document à un journaliste qui rôde dans les couloirs ou à toute autre personne étrangère à la conférence. Secret professionnel oblige. Renvoyez-les toujours aux organisateurs de la réunion.

Abstenez-vous de fumer en cabine. Vous pourrez toujours fumer une cigarette ou une pipe dehors pendant votre demi-heure libre. Ne vous inondez pas de parfum ou de lotion après-rasage. Un parfum entêtant peut être aussi gênant que la fumée du tabac.

Faut-il rappeler aussi que la cabine n'est ni un boudoir où l'on se pomponne et fait ses ongles, ni un ouvroir où l'on tricote, ni un salon de lecture où on lit un journal largement déployé, ni enfin une salle à manger où l'on prend le petit déjeuner ou le thé ?

En vous livrant à toutes ces activités intempestives en cabine, vous risquez non seulement de déranger votre collègue, mais aussi de choquer les délégués qui vous voient. Une telle désinvolture dénote un manque d'intérêt pour la conférence, et l'image de l'interprète, en tant que professionnel, ne peut qu'en souffrir.

Une des qualités premières de l'interprète doit être la discrétion. Ne commentez pas la réunion ou l'intervention d'un délégué d'une voix claironnante en sortant de cabine. Les murs ont des oreilles et vous risquez de retrouvez vos propos dans le journal du lendemain, ou de vous apercevoir soudain que le délégué dont vous parlez est juste derrière vous. D'une façon générale, vous devez vous interdire de parler en public de ce qui s'est dit en séance, même avec vos collègues.

IV. EN SEANCE

La qualité de votre prestation et le confort de l'écoute pour les délégués sont en grande partie fonction de la qualité des cabines et du matériel.

  1. Les cabines doivent être spacieuses, bien ventilées et insonorisées. Si, faute d'air, vous devez laisser la porte ouverte, le son de votre voix passera dans la salle et gênera les délégués, de même que vous serez gêné par les bruits ambiants.
  2. Des appareils mal réglés peuvent être un lourd handicap. Apprenez à vous servir des boutons de contrôle des aigus et des graves. Bien réglés, ils vous permettront de baisser le volume et d'épargner votre ouïe. La qualité de votre prestation dépend en très grande partie de votre acuité auditive. Faites appel au technicien s'il le faut.

Il existe des normes internationales pour la dimension des cabines et la qualité du matériel. Ce sont les conditions minimales d'une bonne prestation.

Les professionnels de l'interprétation doivent exiger des conditions matérielles de travail qui leur permettent de donner le meilleur d'eux-mêmes. En consultant à l'avance le "AIIC Directory of Conference Facilities", vous éviterez bien des déboires, car les installations d'interprétation simultanée connues y sont répertoriées et évaluées par rapport aux normes ISO, et leurs insuffisances éventuelles y sont signalées. Ne mettez pas votre réputation en péril en acceptant de travailler dans de mauvaises conditions.

Si la réalité ne correspond pas aux indications du "Directory", faites-le savoir à la Commission Technique de l'AIIC, qui vous en sera reconnaissante.

Procurez-vous, au Secrétariat de l'AIIC, des "fiches d'évaluation" que vous pourrez remplir et renvoyer chaque fois que vous travaillerez pour la première fois dans une installation fixe ou portative.

Présentez-vous au technicien. Il fait partie de l'équipe, lui aussi. Si vous avez des remarques à faire au sujet de l'équipement ou de la qualité du son, faites-les courtoisement. S'aliéner la bonne volonté du technicien peut coûter cher à l'équipe tout entière. En partant, saluez-le et remerciez-le.

N'oubliez pas que la vie du délégué n'est pas toujours drôle non plus. Il doit coiffer des écouteurs à longueur de journée, et cela dans une salle qui n'est pas acoustiquement isolée comme l'est votre cabine : suivre, pendant des heures, une discussion - parfois difficile - à travers l'interprétation, malgré les bruits ambiants est un exercice fatigant qui exige une grande concentration.

Au micro, essayez d'être vivant, sans pour autant faire du théâtre. En effet, la pire impression que puisse produire un interprète, c'est de s'ennuyer. Indépendamment du fond, les délégués apprécient une voix agréable aux inflexions variées.

Les plaisanteries sont souvent difficiles à traduire. Efforcez-vous d'en donner au moins l'essentiel et d'amener un sourire sur les lèvres de vos auditeurs, afin qu'ils ne soient pas les seuls à rester de glace dans une salle hilare. A bien des égards, l'interprète est comme un acteur ou un conférencier, il ne doit pas laisser ses auditeurs lui échapper. Observez leur visage. S'ils ont l'air de s'ennuyer, c'est peut-être de votre faute. En tous cas, fixez-vous pour idéal de donner au délégué l'illusion qu'il écoute l'original en direct et non par l'intermédiaire d'un interprète.

Faites équipe avec lui : citez toujours les cotes des documents clairement et plutôt deux fois qu'une. Il en va de même pour les chiffres. Demandez l'aide de votre client, si tel ou tel document n'a pas été distribué aux interprètes, ou si le micro de l'orateur n'est pas branché. S'il réagit et fait remédier à la situation, remerciez-le. Lorsqu'un intervenant parle trop vite, n'hésitez pas à le dire, et ajoutez : " L'interprète fait de son mieux, mais, à moins que l'orateur ne ralentisse, l'interprétation sera incomplète." Inutile de hurler, furieux, dans le micro ou de donner des coups de poing frénétiques sur la vitre de la cabine. Un appel à l'aide calme et posé est beaucoup plus efficace.

Vous pouvez rendre votre interprétation plus vivante et plus claire que l'original. Les orateurs sont souvent obligés de s'exprimer dans une langue étrangère qu'ils maîtrisent mal. En étant plus clair qu'eux, vous leur rendez service. Mais attention ! n'ajoutez pas de commentaires "drôles" de votre part ou n'adoptez pas une intonation "comique" qui n'est pas dans l'original. Votre travail consiste à interpréter et non pas à tourner les orateurs en ridicule. Soyez précis, sans tomber dans le littéral. La précision dans la transmission du sens passe par une certaine liberté dans la forme.

Votre débit doit être fluide. Evitez les longues pauses qui inquiètent votre auditeur. Votre intonation doit être plaisante et variée.

Dans votre façon de parler, adoptez le même registre que les délégués. Ne faites pas étalage de votre érudition en employant de grands mots savants devant un auditoire de gens simples. N'employez pas un langage familier dans une séance solennelle.

Si vous avez affaire à un orateur rapide et difficile, parlez le moins fort possible : vous entendrez mieux et vous garderez plus facilement votre sang froid.

Trouvez la bonne distance par rapport à votre micro. Ni trop près ni trop loin. Le technicien vous conseillera sur ce point. Evitez les bruits de papier froissé. Ne jouez pas avec votre crayon. Ne tapotez pas sur la table en parlant. Abstenez-vous de vous verser de l'eau, de bâiller ou de faire craquer vos articulations à micro ouvert - ou encore, si vous en portez, ne faites pas tinter vos bracelets en gesticulant. Tous ces bruits sont terriblement amplifiés par le micro et franchement désagréables pour celui qui écoute dans la salle.

Si vous souffrez d'accès de toux chronique (trop de tabac, peut-être?), si vous êtes affligé d'un vilain rhume, essayez de ne pas tousser ou éternuer pendant que votre collègue travaille. Une partie du discours risque de lui échapper.

Si vous avez une voix tonitruante, alors que votre collègue parle dans un souffle, priez l'opérateur d'ajuster en conséquence le volume du son dans la salle, lors de chaque relève.

Au milieu d'un discours, si vous devez tousser ou dire un mot à votre collègue, utilisez l'interrupteur prévu à cet effet, ou "cough button", qui ne fait qu'interrompre la sortie de votre cabine alors que si vous fermez votre micro, votre auditeur va brusquement entendre l'original éclater dans ses oreilles. Si le "cough button" ne marche pas, alertez le technicien.

En cabine, évitez systématiquement de faire des remarques au sujet des délégués. Il n'est que trop facile de laisser son micro ouvert par inadvertance. Votre première précaution, quand vous prendrez possession de votre cabine, sera de vérifier que les micros sont bien fermés.

V. VOS RAPPORTS AVEC LES DELEGUES

Il est des réunions où l'on peut se permettre, en début de séance, de se présenter aux délégués : "Bonjour, ici Jean Dupont, l'un de vos interprètes. Vous faciliterez notre tâche en n'oubliant pas de vous tourner face à votre micro et en évitant de parler ou de lire trop vite. A la fin de la séance, n'hésitez pas à corriger telle ou telle erreur de terminologie que nous aurions pu commettre. Vous rendrez service à tous. Merci !". Cela encourage les délégués à venir vous trouver si quelque chose ne va pas. Mais ne le faites pas sans l'assentiment du chef interprète. Certains organisateurs jugent déplacées de telles initiatives de la part de l'interprète.

Cela dit, pendant la conférence, vous êtes l'ambassadeur de notre profession et de celui de vos collègues qui vous a recruté. Entretenir de bons rapports avec les délégués et les organisateurs permet à ceux-ci de mieux comprendre nos difficultés et, partant, de nous aider dans notre tâche.

Les réceptions, les pauses-café sont autant d'occasions de communiquer avec les délégués et d'entretenir notre image de marque. Présentez-vous, le cas échéant, faites-vous préciser tel ou tel point du débat, ou expliquer telle ou telle expression. Mais ne monopolisez jamais la conversation. Réceptions, déjeuners, pauses-cafés, etc., sont justement faits pour permettre aux délégués de parler entre eux et de chercher à résoudre leurs problèmes dans une ambiance plus détendue.

Soyez attentif à votre tenue vestimentaire. Pas de toilettes voyantes, pas de laisser-aller non plus. L'interprète ne doit pas jeter de fausse note dans l'ensemble. Sans doute les cabines de simultanée vous protègent-elles en partie des regards. Mais il y a les pauses-café... ou aussi la panne technique qui peut vous forcer à descendre dans la salle pour faire de la consécutive.

Si un délégué vous félicite pour votre travail, par loyauté pour vos collègues, englobez-les dans les félicitations. Quant à vous, faites-vous une règle absolue de ne jamais dénigrer un collègue, en particulier devant des délégués.

Il est contraire à l'éthique de la profession de distribuer cartes de visite et numéro de téléphone aux participants à la réunion. Si l'un d'eux, organisateur occasionnel de conférences, vous propose de lui trouver des interprètes pour une autre réunion, alors que vous avez été recruté par un collègue, membre ou non de l'équipe, vous noterez le nom et l'adresse de cette personne et les transmettrez au collègue en question. Ce dernier, s'il est pressenti à son tour par le délégué, acceptera ou non de former une équipe. Dans l'affirmative, il vous inclura très probablement dans l'équipe recrutée pour la réunion à venir, pour autant que vous ayiez la combinaison de langues et le domicile professionnel voulus. Si, par contre, vous avez été recruté directement par l'organisation dont c'est la conférence, vous pourrez alors vous charger d'organiser vous-même une équipe pour le délégué qui vous en a prié. Dans ce dernier cas, ne manquez pas de consulter les règles de l'AIIC applicables en l'espèce: nombre d'interprètes par équipe, rémunération, per diem dans les différentes parties du monde, etc... Etudiez le Code, les annexes, les règles applicables aux interprètes-conseil. En cas de doute, demandez conseil au secrétaire régional ou à un collègue qui a l'habitude de recruter.

N'oubliez pas non plus que si ce délégué s'est adressé à vous, c'est qu'il a une bonne opinion de votre prestation et, à travers vous, de la profession en général. N'allez pas le décevoir en recrutant des interprètes médiocres ou en constituant une équipe entière de débutants, sous prétexte que les uns et les autres "sont les seuls à être disponibles".

Adjoindre des débutants doués à une équipe est toujours une bonne chose, et pour les intéressés et pour la profession tout entière, car ce sont eux, un jour, qui assureront la relève. Mais ne le faites qu'avec l'assentiment des membres les plus expérimentés de l'équipe, qui devront les encadrer. Affectez-les à des réunions auxquelles ils auront pu se préparer soigneusement et pour lesquelles ils ont la bonne combinaison de langues. Ne les mettez pas en difficulté en leur offrant une réunion qui exige beaucoup d'expérience. Ne les induisez pas en erreur quant au sujet de la réunion. Ne dites pas qu'il s'agit d'une réunion purement administrative, quand, en réalité, il s'agit de chimie organique.

VI. INTERPRETER POUR LES MEDIA

Interpréter pour la T.V. ou la radio - chose de plus en plus fréquente de nos jours - n'est pas une tâche facile et l'interprète doit tenir compte d'un certain nombre de contraintes.

  1. Ici plus qu'ailleurs, l'interprétation doit être fluide, claire et précise, même si l'orateur est parfois confus. La raison en est tout simplement que l'auditeur a l'habitude de speakers et de commentateurs à la voix bien posée, et qui ont appris l'art de lire un texte à haute voix sans faute ni reprise, et qu'il ignore tout des problèmes particuliers qui se posent à l'interprète.
  2. A cela s'ajoute la nécessité pour l'interprète d'aller vite. Il ne doit pas traîner trop loin derrière l'orateur. Il n'est que de penser à une interview à la radio ou à la T.V., où questions et réponses fusent à toute vitesse, pour se rendre compte qu'un interprète qui ne serait pas assez rapide ôterait au débat toute la spontanéité qui en fait l'intérêt.
    Il est donc souhaitable d'avoir un interprète par intervenant, même pour une courte émission. On évite ainsi des retards intempestifs dans l'interprétation et le changement de voix permet au téléspectateur ou auditeur d'identifier chaque interlocuteur.
  3. Les ingénieurs du son et les techniciens de la T.V. et de la radio sont des gens qui connaissent bien leur affaire. Cependant, il est rare qu'ils aient eu l'habitude de travailler avec un interprète. Ils ne comprennent donc pas toujours les exigences particulières de notre métier. Trop souvent, lorsque l'interprète arrive au studio, il constate qu'on l'a relégué à un petit cubicule, sans vision directe sur le débat. Ce débat, il sera obligé de le suivre sur un écran, sans même avoir la possibilité de régler lui-même le volume du son. De surcroît, on cherchera à lui imposer les énormes écouteurs stéréo qu'utilisent les caméramen. Il est donc indispensable pour lui de se mettre en rapport avec le réalisateur du programme le plus tôt possible avant l'émission et d'aborder, avec lui, les détails techniques - le mieux est encore d'envoyer à l'avance une petite note à l'ingénieur du son expliquant les conditions techniques requises pour une interprétation de qualité.
  4. N'essayez jamais d'interpréter une émission où chaque participant lit un texte préparé d'avance, à moins d'en avoir reçu la transcription au préalable et d'avoir pu la préparer.
    L'interprète qui aura pris ces précautions se sentira plus sûr de lui et constatera que travailler à la T.V. ou à la radio est particulièrement stimulant et enrichissant. Sans compter qu'il s'agit là d'un domaine d'avenir aux possibilités multiples, qui offre à l'interprète une occasion unique de faire connaître notre profession et d'imposer notre image de marque.

VII. LANGUES DE TRAVAIL

Les interprètes professionnels ne devraient jamais tricher avec eux-mêmes en ce qui concerne leurs langues de travail. Lorsque l'on a de l'expérience, on sait si l'on peut travailler sans risque de C en B, tant en consécutive qu'en simultanée. On sait aussi qu'il ne faut jamais s'aventurer à interpréter dans sa langue C. La seule exception à cette dernière règle est celle de l'interprète qui, ayant perfectionné sa langue C pour en faire une langue B, termine la période d'essai requise avant de demander un reclassement à l'AIIC.

Le collègue qui assure le recrutement doit pouvoir se fier au classement ABC - AIIC. Mais il aura toujours intérêt à vérifier que tel ou tel collègue est effectivement capable de travailler en B en toute circonstance et, le cas échéant, acceptera d'être pivot à partir d'une de ses langues C.

Un collègue bilingue sûr est souvent plus utile qu'un collègue bardé d'une liste impressionnante de langues C. On a connu des cas de déclassement volontaire de B en C. Un langue se rouille facilement si l'on ne vit pas dans le pays où elle est parlée et si l'on a rarement l'occasion de la pratiquer. De même il vaut mieux renoncer à un C que l'on n'utilise que de loin en loin, plutôt que de courir au désastre.

Si vous ne vivez pas dans un pays de votre ou de vos langues A, vous devez redoubler d'efforts pour rester à jour sur les plans culturel, politique, social et linguistique. A se contenter de vivre sur l'acquis, on risque d'employer des tournures ou des mots démodés qui, à la limite, peuvent gêner la compréhension. Faites en sorte de retourner dans votre pays de langue A le plus souvent possible.

Si votre langue A est commune à plusieurs pays, soyez attentif aux usages et au parler propres à chacun d'entre eux.

VIII. FAUT-IL SE SPECIALISER ?

Le Code d'Ethique professionnelle stipule que "les membres de l'Association s'interdisent d'accepter un engagement, pour lequel ils ne seraient pas qualifiés". Il est très difficile aujourd'hui de respecter cette clause à la lettre, car on ne sait jamais à l'avance quel va être le degré de technicité d'une réunion. Une conférence médicale peut être consacrée uniquement à la mise sur ordinateur de statistiques, alors qu'un congrès d'informatique pourra aborder toutes sortes de sujets divers.

Il faut donc que l'interprète acquière un minimum de connaissances - même superficielles - sur un aussi grand nombre de sujets que possible. Sa curiosité intellectuelle doit être sans cesse en éveil - notre rémunération, notre prestige et notre standing sont fondés sur la réputation dont jouit l'interprète d'être capable d'assimiler rapidement un langage technique nouveau et de comprendre l'essentiel de procédés industriels ou scientifiques compliqués.

Si vous avez un diplôme ou une longue expérience pratique dans un domaine donné - autre que les langues - c'est, certes, un atout non négligeable à ne pas passer sous silence, mais vous risquez, si vous n'acceptez d'engagement que dans ce domaine, de n'avoir pas suffisamment de travail.

Il est un autre facteur qui milite en faveur de "généralistes" : c'est l'aspect financier du recrutement. En effet, les organisateurs tendent de plus en plus à recruter des interprètes sur place, car faire venir de loin un spécialiste de tel ou tel sujet coûte cher.

IX. PROGRAMME PERSONNEL DE FORMATION PERMANENTE

Si vous êtes débutant, observez vos collègues les plus expérimentés, en particulier ceux qui travaillent dans votre langue A à partir des mêmes langues que vous. Analysez leur prestation, notez les points forts et aussi les points faibles. Cherchez à égaler leurs qualités et évitez leurs défauts.

Etudiez soigneusement ces documents que vous aurez eu beaucoup de peine à vous procurer. Essayez de vous instruire sur les procédés techniques ou industriels, les pratiques professionnelles, les théories scientifiques dont il va être question à la conférence et qui ont donné naissance à tout un vocabulaire spécialisé, un "jargon" de métier, avec lequel vous devez vous familiariser. Mieux vous aurez préparé votre conférence quant au fond et à la terminologie, moins vous aurez de difficulté avec les orateurs rapides ou confus, et plus le débat vous intéressera - au point que vous finirez par y trouver un réel plaisir.

Nul ne peut prétendre posséder la totalité des dictionnaires et glossaires existants. Ce sont pourtant nos outils les plus utiles. Dressez la liste de ceux que vous avez dans votre bibliothèque et communiquez-la à vos collègues. Demandez, en échange, à pouvoir consulter leur collection.

Le magnétophone est, lui aussi, un outil précieux, voire indispensable. Grâce à lui, nous pouvons nous enregistrer en séance, ou à la maison, et procéder à une analyse critique de notre interprétation. C'est là un exercice salutaire, auquel on devrait se livrer sa carrière durant. Mais attention : ne vous enregistrez pas en cabine sans l'autorisation expresse de votre employeur. Le Code d'Ethique professionnelle nous fait une obligation du secret professionnel. Ce secret porte aussi bien sur l'interprétation que sur l'original. Si vous obtenez l'autorisation de vous enregistrer en séance, enregistrez en même temps l'original et l'interprétation. Ceci exige un appareil spécial qui vous permet ensuite d'écouter les deux enregistrements simultanément ou séparément. Le technicien acceptera parfois de vous enregistrer. Vérifiez alors que vous avez bien chez vous l'appareil voulu pour vous écouter.

Cet exercice est très révélateur, surtout lorsque vous travaillez dans un sujet qui vous paraît difficile, car vous serez plus tendu encore que de coutume et vos défauts éventuels ressortiront davantage.

Vous devez analyser votre interprétation non seulement quant à la fidélité, au fond et à la précision, mais aussi quant à la qualité du débit, du style et quant à la clarté.

Enfin, et surtout : la voix. On est surpris de constater que c'est probablement le critère auquel les délégués attachent le plus d'importance. Combien d'excellents interprètes n'ont-ils pas été récusés par leurs auditeurs parce qu'ils avaient une voix désagréable ou des tics agaçants dans leur façon de parler. On en préférera d'autres, moins brillants, moins précis, peut-être, mais dont la voix plaît et qui ont un débit sécurisant. Cela peut paraître injuste, mais c'est ainsi.

Chacun est mauvais juge de la qualité de sa propre voix. On étonnerait et vexerait beaucoup de gens en leur disant qu'ils ont une vilaine voix : et pourtant... Or, chez l'interprète, qui fait métier de parler, c'est une qualité aussi essentielle que chez un acteur. Enregistrez-vous souvent, et faites écouter l'enregistrement par ami interposé à des tiers, qui ne vous connaissent pas. Si l'avis général est défavorable, faites quelque chose. On peut améliorer sensiblement sa voix. Nombre d'acteurs et d'hommes politiques célèbres y sont parvenus.

N'hésitez en tout cas pas à demander à un collègue que vous respectez et admirez de vous rendre le service de vous écouter depuis la salle de conférence, comme s'il était un délégué, et de vous faire ensuite la critique tant sur le fond que sur la forme. N'allez pas vous-même, évidemment, en faire de même avec un collègue qui ne vous a rien demandé. En revanche, si on sollicite votre jugement, efforcez-vous d'être objectif et amical dans vos remarques.

Ajoutons aussi, pour terminer, que l'interprète doit se tenir constamment au courant de l'actualité dans tous les domaines - technique, politique, culturel, etc. - s'il veut rester à la hauteur de sa tâche.

X. AUTRES CONSEILS UTILES

Si vous devez travailler en consécutive, insistez pour être placé à la table de conférence, et à bonne portée d'oreille des intervenants.

S'il est prévu de montrer des diapositives ou un film, empêchez le technicien de dresser l'écran juste devant les cabines, le dos à celles-ci, ou dans un coin de la salle où l'interprète ne le verra pas ou mal. Expliquez poliment mais fermement que, faute de voir l'écran, vous ne pourrez pas faire votre travail convenablement.

Dans le cas d'un film, n'essayez pas d'interpréter la bande sonore si vous n'en avez pas reçu la transcription écrite avant la projection et si votre cabine n'est pas directement branchée sur l'original - la plupart des commentateurs de films, TV ou cinéma, vont beaucoup trop vite pour que l'on puisse en donner une bonne interprétation sans préparation.

Si l'on vous enregistre, demandez pourquoi. Si l'organisateur a l'intention d'utiliser l'enregistrement de l'interprétation à des fins commerciales, rappelez-lui qu'il existe des règles AIIC en matière de droits d'auteur et que vous entendez que ces règles soient respectées. Le cas échéant, consultez le Secrétariat.

Si vous avez besoin de lunettes pour lire, ne les oubliez pas dans votre chambre d'hôtel, ou ayez-en une paire de secours.

Dans certaines salles de congrès, les cabines sont si loin et si haut perchées que c'est à peine si l'interprète voit les délégués. En pareil cas, une paire de jumelles peut être très utile.

Tenez un compte précis de vos gains et dépenses professionnels; ceci afin de répondre plus aisément aux exigences éventuelles du fisc dans votre pays de domicile (TVA, etc.).

XI. APPARTENIR A L'AIIC

La présente brochure étant une publication de l'AIIC, vous ne serez pas surpris que ses auteurs vous engagent à poser votre candidature à l'Association dès que vous aurez commencé à travailler en tant qu'interprète.

Au cas où vous songeriez à suivre leur conseil, votre première démarche consistera à demander aux interprètes AIIC avec lesquels vous aurez fait vos deux ou trois premières conférences de signer un papier établissant que vous travaillez maintenant en tant qu'interprète de conférence. Ceci ne les engage nullement quant à la qualité de votre prestation, mais au moins votre nom figurera-t-il sur une liste, avec votre combinaison linguistique, en tant qu'interprète débutant.

Au bout de 200 jours de contrat, vous aurez très probablement eu l'occasion de travailler avec au moins cinq interprètes AIIC, membres de l'Association depuis cinq ans ou plus, ayant la même combinaison linguistique que vous et prêts à certifier que vous êtes un membre fiable de la profession. Vous solliciterez alors leur parrainage. Les règles relatives au choix des parrains en fonction de la combinaison linguistique postulée sont assez complexes, mais elles vous seront clairement expliquées dans le formulaire de candidature que vous enverra le Secrétariat sur votre demande. Une fois votre dossier d'admission déposé, la CACL (Commission des admissions et du classement linguistique) publiera votre nom et celui de vos parrains sur une liste qui paraîtra dans le Bulletin de l'AIIC. S'il n'y a aucune contestation pendant les 120 jours qui suivent, vous deviendrez automatiquement membre de plein droit de l'AIIC. Que vous soyez permanent ou free-lance, c'est là une étape importante de votre carrière.

Une fois devenu membre, vous pouvez influer sur l'évolution de la profession. Ne vous contentez donc pas de payer votre cotisation. Participez activement à la marche de l'Association. Assistez aux réunions régionales et à l'Assemblée générale; portez-vous volontaire pour tel ou tel groupe créé pour défendre des idées qui vous sont chères. Si vous posez votre candidature à une charge ou à une commission, soyez prêt à y consacrer le temps et l'effort nécessaires.

Il vous faut respecter scrupuleusement le Code d'Ethique professionnelle. Aux yeux de nos clients, les articles du Code sont les garants de la qualité de notre prestation et de notre discrétion (secret professionnel). Tout manquement de notre part ne peut que jeter le discrédit sur la profession tout entière.

Si certaines règles vous paraissent obscures ou inutiles, ce n'est pas une raison pour les violer allègrement. Elles ont certainement leur raison d'être. Demandez conseil à des collègues plus anciens. Si vous n'êtes toujours pas convaincu de leur bien fondé, essayez de les faire changer. L'AIIC a prévu des procédures à cet effet. Encore faudra-t-il que vous convainquiez les autres qu'un changement est nécessaire.

L'AIIC ne peut rester ce qu'elle est, c'est-à-dire une association professionnelle démocratique, que si tous les membres y participent activement. Ce qui implique, entre autres, la lecture régulière de toutes ses publications, à commencer par le Bulletin et, pourquoi pas ? une contribution de votre part sous forme de lettre ou d'article.

Si un candidat à l'AIIC vous demande de le parrainer, relisez soigneusement les dernières règles de la CACL en vigueur. Apposer sa signature sur une formule de parrainage après les 200 jours requis signifie que l'on est prêt à prendre le candidat à ses côtés dans la même équipe, dans la combinaison de langues postulée. Le parrain doit également être prêt à défendre son "filleul" au cas où sa candidature serait contestée.

Si, en revanche, vous refusez de parrainer un candidat, vous devez expliquer clairement les motifs de votre refus et être à même de définir vos critères. Le candidat évincé par vous trouvera peut-être d'autres parrains plus complaisants, mais au moins saura-t-il qu'il existe un niveau d'exigence plus élevé que le leur et peut-être s'efforcera-t-il de l'atteindre et de s'y tenir.

CONCLUSION

Nous espérons que ces quelques conseils seront utiles aux débutants et même - qui sait ? - à certains anciens.

La rédaction, certes, n'en est pas parfaite. Le Guide, cependant, est remis à jour périodiquement, de sorte que si vous souhaitez y apporter des améliorations, n'hésitez pas à écrire au Secrétariat de l'AIIC.

Fruit d'un travail collectif, la présente brochure n'a d'autre prétention que celle de contribuer au maintien de l'image de marque de notre profession, ce qui doit être notre souci à tous, jeunes et moins jeunes.


AIIC, 1997
Recommended citation format:
AIIC. "Petit guide pratique à l'usage des jeunes interprètes de conférence". aiic.net April 20, 2004. Accessed May 25, 2019. <http://aiic.net/p/1472>.


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