La Relève : Les résultats du projet de l’AIIC

Les organisations internationales  connaissent un vieillissement de leurs effectifs permanents alors que l’écart se creuse entre la demande des employeurs et l’offre d’interprètes provenant des filièr

L’idée du projet « La relève » remonte à juin 2002, date de la publication du rapport du Groupe de travail IAMLADP sur la formation des personnels linguistiques. Le sous-groupe consacré à l’interprétation de conférence avait procédé à une première enquête sur les besoins de formation et de recrutement des organisations internationales (OI), à laquelle avaient répondu 11 institutions et 37 universités formant des interprètes. La conclusion essentielle était que l’écart tendait à se creuser dangereusement entre la demande des employeurs et l’offre d’interprètes provenant des filières d’enseignement.

Convaincue de l’acuité du phénomène et de son impact potentiel sur l’avenir de la profession, la Commission des Permanents (CdP) a décidé, lors de sa réunion annuelle des 7 et 8 septembre 2002 à New York, de proposer au Conseil de l’AIIC un nouveau projet intitulé « La relève », destiné à faire l’inventaire de la situation et à proposer des pistes pour l’avenir. Ce projet, accueilli favorablement en janvier 2003 par l’Assemblée de Porto, a été ensuite entériné le 6 juillet 2003 par le Conseil réuni à Paris après avoir entendu Claude DURAND, président de la CdP et coordinateur désigné du projet. Il a alors été confirmé que le projet serait piloté par la CdP en liaison avec la Commission de la Formation (CF) et le Secteur Marché Privé (SMP).

L’exécution du projet s’est échelonnée sur plus de 2 ans (de janvier 2003 à avril 2005), en s’articulant logiquement autour de 2 parties principales, la première concernant les OI, la seconde s’adressant aux établissements de formation d’interprètes.

Sur les 24 Organisations internationales pressenties (ou nationales, comme le Service des Conférences du Gouvernement du Canada) et réparties de par le monde, 11 ont fourni des informations plus ou moins détaillées sur la pyramide des âges de leurs effectifs permanents, les combinaisons linguistiques déficitaires aujourd’hui et à moyen terme, leurs rapports avec les filières de formation et l’existence ou non de facilités d’intégration de jeunes interprètes. Cette petite douzaine peut sembler modeste, mais on ne peut mettre en doute sa représentativité, quant on sait qu’elle rassemble près de 90% des effectifs de permanents employés dans le monde et du volume d’activité des OI.

Le retour d’informations des universités et écoles d’interprètes a été moins satisfaisant, seules 19 universités – dont 3 non européennes – ayant pris la peine de répondre à un bref questionnaire adjoint à l’enquête 2004 lancée par la Commission de la Formation auprès des établissements de formation. Cependant, ajoutées aux résultats de l’enquête IAMLADP de 2002, les réponses fournies constituent des éléments d’information précieux.

Les principales conclusions sont les suivantes :

Dans les organisations :

Le vieillissement des effectifs : les OI étudiées souffrent toutes d’un vieillissement marqué de leurs effectifs d’interprètes permanents, mais avec des variations sensibles d’une organisation à l’autre. Ce phénomène apparaît en particulier à la lumière de 2 chiffres :

  • la moyenne d’âge des interprètes permanents, qui s’échelonnait en 2003 de 42,9 à 57ans ;
  • la proportion d’interprètes de 50 ans et plus par rapport aux effectifs globaux, qui variait de 23 % à 100 %.

Ce dernier paramètre est encore plus significatif que la moyenne d’âge, lorsqu’on le rapporte à l’âge du départ en retraite, qui commence dans certaines organisations à 55 ans et ne dépasse actuellement nulle part 65 ans.

A noter que les institutions européennes n’autorisent pas leurs anciens permanents à travailler pour elles en tant que freelance pendant leur retraite, ce qui les amène à encourager d'autant plus la formation des générations futures d'interprètes aussi bien permanents que freelance.

Les combinaisons linguistiques déficitaires : à cet égard, il convient de distinguer les OI qui ont besoin de renouveler des effectifs d’interprètes à régime linguistique constant – pour lesquelles le vieillissement est le seul moteur de la relève - et celles qui, outre ce facteur, connaissent une explosion du nombre de leurs langues officielles, autrement dit les institutions européennes de l’après 1er mai 2004. Pour le détail, le lecteur voudra bien se reporter au chapitre IV du rapport général du projet, car les besoins de renouvellement varient sensiblement entre organisations et à l’intérieur de chacune d’entre elles.

L’intégration des jeunes interprètes : seule une minorité d’OI ont introduit un système facilitant l’intégration de jeunes interprètes dotés de peu d’expérience : le Bureau de la Traduction du Gouvernement du Canada (« régime d’internat »), la DG SCIC (régime d’insertion de 1998 à 2003), le PE (stages de courte durée).

Les rapports avec les filières de formation : les institutions européennes (DG SCIC et PE) sont sans conteste celles qui ont les contacts les plus développés avec les filières de formation d’interprètes, auxquelles elles fournissent une aide technique ou financière. Le rendez-vous annuel que constitue la Conférence SCIC-Universités, convoquée régulièrement par la DG SCIC depuis 1997, est l’occasion d’un riche échange d’informations entre employeurs et établissements de formation.

Dans les établissements de formation :

La plupart des universités formant des interprètes ont déjà de nombreux contacts avec les OI qui sont des employeurs potentiels et apprécient en particulier l’aide qui leur est prodiguée sous forme d’assistance pédagogique, de participation aux jurys d’examens, de visites de leurs étudiants auprès des OI, et de subventions.

Si la plupart des établissements de formation estiment déjà recevoir des indications (souvent informelles) de la part des OI en matière de débouchés professionnels, beaucoup leur demandent de faire connaître officiellement, grâce à une meilleure planification, leurs besoins de recrutement actuels et futurs.

La grande majorité des universités déclarent avoir commencé à s’adapter à la demande nouvelle des OI en diversifiant la palette des langues offertes et le contenu de leurs cours. Cependant, elles soulignent les difficultés liées à la rigidité des structures académiques, tout en se félicitant de la création du Master’s européen en interprétation de conférence. Beaucoup appartiennent à un ou plusieurs réseaux académiques.

Au terme de ce bilan, la CdP et la CF souhaitent formuler les recommandations suivantes :

À l’intention des OI

Nous insistons auprès de toutes les OI sur la nécessité d'assurer la relève de leurs effectifs permanents pour garantir la continuité dans la qualité, pérenniser la mémoire de l’institution et de son thésaurus spécifique, et transmettre entre les générations d’interprètes les valeurs de l'organisation. En même temps, nous les incitons à se préoccuper de la formation de tous les interprètes futurs qui seront un jour susceptibles de travailler pour elles.

Certaines OI ont déployé au cours des dernières années de réels efforts de communication et de transparence auprès des établissements de formation. Nous encourageons ces OI à poursuivre dans cette voie et invitons les autres à développer davantage leurs contacts avec les universités et écoles d’interprètes.

Les OI n’ont pas encore toutes pris conscience du vieillissement de leurs effectifs permanents et de la nécessité d’une relève à moyen terme. Nous recommandons à ces OI d’analyser ces problèmes et de s’ouvrir à une vision à plus long terme du recrutement.

Même à l’intention des OI qui planifient leur recrutement à moyen terme, nous demandons qu’elles s’efforcent d’assurer autant que possible une continuité dans les règles du jeu (critères de sélection, profils linguistiques, systèmes d’insertion, etc.), et de fixer un calendrier d’épreuves de sélection (concours et tests freelance) informant les candidats potentiels.

À l’intention des établissements de formation

Nous encourageons les universités à intensifier les réformes engagées, notamment en s’alignant sur les principes établis au sein du consortium pour le Master’s européen.

Nous recommandons aux filières de formation de ne pas faire l’économie d’une sélection conditionnant l’accès aux études d’interprète de conférence.

Nous rappelons aux universités que l’enseignement de l’interprétation par des professionnels à la fois praticiens du métier et formés à cette pédagogie particulière constitue un gage de réussite.

Nous nous réjouissons de l’existence de plusieurs réseaux de coopération reliant entre elles de nombreuses universités. Nous invitons les établissements encore isolés à rechercher des correspondants avec lesquels échanger des idées et coopérer.

Nous recommandons aux universités de tirer profit de l’aide technique et financière apportée par certaines OI particulièrement dynamiques.

À l’AIIC et à ses membres

Il est demandé au Conseil de l’AIIC d’assurer une diffusion aussi large que possible des résultats de la présente étude auprès des OI et des universités.

Partout où cela est possible, les permanents membres de l’AIIC (de même que les freelance) doivent s’intéresser à la formation des futures générations d’interprètes, afin de transmettre les bonnes pratiques et l’éthique professionnelles qui seules peuvent sauvegarder l’avenir de l’interprétation de conférence.

La CdP, la CF et le SMP doivent être encouragés à continuer à coopérer étroitement

ensemble sur ces questions, afin d’alimenter l’Association en informations régulièrement actualisées sur les débouchés offerts, les combinaisons linguistiques recherchées, les établissements de formation de qualité, etc.

Nous encourageons l'AIIC à reprendre l'initiative d'une réunion avec les Chefs interprètes des OI, afin de faire le point des questions évoquées dans cette étude.

Nous encourageons l’AIIC, et en particulier le groupe DRP (Définition et reconnaissance de la profession), à poursuivre les efforts engagés pour consolider le statut de l’interprète, la faiblesse de ce dernier ayant selon certaines universités un effet dissuasif sur de nombreux étudiants.

Il est proposé à l’AIIC de solliciter un statut d’observateur auprès de IAMLADP, dans le but de la tenir informée de tout nouveau développement dans le secteur des professions linguistiques.


Le rapport général du projet est disponible sur aiic.net : Français et Anglais.

Claude Durand est Coordinateur du projet « La Relève »



Recommended citation format:
Claude DURAND. "La Relève : Les résultats du projet de l’AIIC". aiic.net November 16, 2005. Accessed July 21, 2019. <http://aiic.net/p/2077>.



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