Notre voix et nos oreilles : faire passer le message

Notre profession a toujours été consciente de l'importance de la voix et de l'oreille. Ce sont, après tout, nos outils de travail.

Pourquoi revenir encore une fois sur ce sujet alors qu'il fait déjà l'objet de nombreux articles sur notre site Internet ? (Essayez de chercher «voix » ici ou sur l'Extranet...). Il ne s'agit en fait ni d'un manuel ni d'une dissertation; le présent article se veut plutôt un nouvel outil pour attirer l'attention sur un thème déjà ancien. De nos jours, le STRESS est la sonnette d'alarme et bien gérer son stress est le leitmotiv. Ces quelques idées donneront peut-être encore matière à réflexion à certains d'entre nous, ce qui, tout compte fait, pourrait être utile.

Pourquoi notre profession s'intéresse-t-elle à ce sujet?

Notre profession a toujours été consciente de l'importance de la voix et de l'oreille et point n'est besoin d'ajouter que, à maintes reprises, l'AIIC a recommandé à ses membres de faire des examens audiométriques périodiques afin d'avoir un dossier personnel qui serait utile en cas de dysfonctionnement ou de troubles de l’oreille et de la voix. De plus, l'étude sur la charge de travail effectuée récemment porte sur les conditions de travail et les installations ainsi que sur les effets qu'elles ont sur la santé et le bien-être, nous donnant ainsi d'autres sujets de réflexion. Ce sont, après tout, nos outils de travail.

Quelle attention les écoles ont-elles accordée à cette question?

Par le passé, les établissements scolaires ou universitaires prêtaient peu d'attention au rôle et à la gestion des organes vocaux et acoustiques. Au cours des 10 à 15 dernières années, les programmes se sont améliorés mais la formation de la voix proprement dite en est encore à ses premiers balbutiements (il existe tout au plus quelques cours facultatifs de phonétique élémentaire ou de « diction »). Les programmes ayant des interprètes professionnels en exercice parmi les membres de leur corps enseignant ont « autorisé » les professeurs d'interprétation à inviter des spécialistes chevronnés pour des séminaires de formation à l'utilisation de la voix, en général parallèlement à des démonstrations d'interprétation consécutive. Parmi les institutions européennes, le Parlement européen a récemment accueilli un certain nombre de séminaires très réussis de formation à l'interprétation consécutive et de la voix. Ceux d'entre nous qui habitent Bruxelles ont eu la chance de pouvoir assister à des ateliers organisés par M. G. ILG et M. R. VOYAT.

Cependant, la sensibilisation à l'importance de l'oreille et de la voix n'a jamais connu une telle vogue. Par l'intermédiaire de l'AIIC, nous avons reçu des informations sur les ateliers organisés aux Etats-Unis et au Brésil, tous deux fondés sur une approche extrêmement pratique (c'est-à-dire la voix comme outil permettant à l'interprète d'assumer sa fonction avec efficacité). Pour aussi valable que soit cette approche pour la transmission d’un message, la pratique de mon métier au quotidien et mon expérience personnelle m'ont convaincue que, contrairement à ce que l'on pourrait croire à première vue, la voix ne reproduit que ce que l’oreille entend. J'irai même jusqu'à dire que LA TRANSMISSION DU MESSAGE (c'est-à-dire FAIRE PASSER LE MESSAGE) tient davantage d’une expérience sensorielle presque épidermique.

La question qui se pose est donc la suivante : dans la recherche de la qualité que l'on poursuit aujourd'hui à tous les niveaux, pouvons-nous nous permettre de rester « sourd » à cette résonance particulière ? Après tout, il y a longtemps de cela, le poète portugais Bernardo Soares (pseudonyme de Fernando Pessoa) disait que « un mot n'est complet que lorsqu'il a été vu et entendu ».

Les perspectives varient selon les régions AIIC

Pour aussi étrange que cela puisse paraître, bien que l'AIIC ait été fondée à Paris il y a de cela plus de 50 ans, on ne trouve pratiquement pas de références dans ses études techniques à la méthode Tomatis, méthode de formation de l'écoute mise au point par le Français Alfred Tomatis il y a des décennies, alors qu'il faisait des analyses des troubles de l'ouïe chez les travailleurs des docks. Il est pour ainsi dire l'auteur d'une méthode « d’entraînement » de l'oreille qui permet de la « former » de façon à ce qu’elle finisse éventuellement par s'ouvrir de nouveau aux fréquences qu'elle avait cessé de saisir pour une raison ou une autre. Le Dr Tomatis est aussi très connu pour ses ouvrages sur le bilinguisme.

Cependant, au cours des 4 ou 5 dernières années, les séminaires de gestion de la voix, organisés par les régions Suisse, Italie, Belgique, Portugal et Pays-Bas de l'AIIC ont mis en évidence une perspective différente, à en juger du moins par les rapports d'activité présentés. Les lecteurs curieux doivent absolument lire les articles riches d'enseignement disponibles sur ce site, tels que Masters of the Voice de S. GEBHARD ou Formation à l’Utilisation de la Voix de B. KREMER. Certes, la voix est encore considérée comme un « outil » de travail de l'interprète, au même titre que sa ou ses langues de travail, mais son effet sensoriel et émotionnel sur l'auditeur est également pris en ligne de compte. Tout ceci est parfaitement évident et « logique » si l'on pense à la proximité induite par les écouteurs et l'équipement de cabine. N'oublions tout de même pas nos collègues qui sont en cabine lorsque l'on parle d'interprétation simultanée (IS) !

Entendre la voix « à fleur de peau »

J'ai entendu des collègues dire que, à moins d'avoir un problème particulier d'élocution, la formation de la voix ne concernait que les chanteurs et peut-être les acteurs. Mais qu'en est-il des hommes politiques conscients de leur carrière ou de n'importe quelle autre personnalité d'aujourd'hui pour lesquels l'élocution est aussi importante que l'exécution ? Soyez certains que tout consultant qui se propose de réussir sa carrière n'oubliera pas de prendre des cours de pose de voix !

Les interprètes se servent de leur voix beaucoup plus que l'individu moyen, probablement autant que tout professionnel de la scène. Qui plus est, nous ne savons pas qu'une mauvaise utilisation de la voix due au stress, au manque de formation et à de mauvaises conditions de travail se traduira sans aucun doute par de la fatigue et du surmenage. Je ne veux pas dire que nous risquons de nous voir éliminés du marché parce que nous ne pouvons littéralement « plus dire un mot ». Non, je veux tout simplement dire que nous serions bien avisés d'écouter davantage notre propre voix et celle des autres « à fleur de peau » (voir annexe I). Des expressions courantes en français telles que « Ecouter de l’oreille droite » et « se sentir bien dans sa peau » devraient nous faire réfléchir !

Je dois avouer que j'ai l’oreille musicale et que je consacre la plus grande partie de mes loisirs à des activités liées à la musique. Par le passé, j'ai aussi eu des problèmes de gorge à cause d'une rhinite allergique due à une climatisation trop forte. En consultant des médecins spécialistes expérimentés, j'ai pu surmonter ces difficultés. La thérapie de la voix s'est avérée l'antidote approprié.

Tout ceci m'a certainement fait sentir « au plus profond de moi » combien il est difficile de survivre comme interprète indépendant avec une voix défaillante qui peut aussi écorcher l'oreille d'un auditeur à travers les écouteurs. Rappelez-vous ce que vous ressentez lorsqu'un orateur a un gros rhume ou la voix cassée. Vous n'avez pas la possibilité de choisir votre orateur mais votre client, lui, peut choisir un autre interprète pour sa prochaine réunion ! De plus, d'après les conclusions des enquêtes effectuées, les délégués croiront plus facilement que ce que vous dites est juste si votre voix est agréable ! Existe-t-il un argument plus convaincant pour maîtriser votre voix que celui de plaire aux délégués qui vous écoutent et à vous-même par la même occasion?

Créer un environnement sonore agréable

Ne croyez pas que tout ceci est vraiment trop simpliste. Pensez au nombre d'heures passées au cours de votre carrière à interpréter dans l'espace restreint d'une cabine. Il nous faut déjà supporter les effets négatifs des champs statiques et magnétiques sur notre santé. Alors, essayons au moins d'utiliser nos voix pour produire de bonnes vibrations et une résonance agréable dans la cabine. Les oreilles de votre collègue de cabine vous en seront reconnaissantes, sans parler de celles des délégués qui vous écoutent.

La lecture de certains ouvrages (voir annexe II) m'a conduite à cette approche holistique. S’agit-t-il simplement d’une stratégie habile de commercialisation ou bien d’une attitude professionnelle créatrice, vous demandez-vous ? Commencez donc par lire et vous jugerez ensuite.


Annexe I

Symptômes courants à ne pas négliger

  1. FATIGUE VOCALE, c'est-à-dire une voix sourde, caverneuse après un cours ou après le travail. (Et pas une voix claire, résonnante, bien timbrée)
    Parce que la voix n'est pas posée correctement, elle s'enfonce profondément dans la gorge et appuie fortement sur le larynx et les cordes vocales. Ceci signifie que vos résonateurs naturels ne sont pas utilisés.
  2. La voix devient rauque ou éraillée, en particulier le matin après une dure journée de travail. Ceci est dû au fait que la voix est forcée et ne coule pas librement, portée par une bonne respiration.
  3. Vous avez du mucus dans la gorge, ce qui vous oblige à vous éclaircir la voix de force pour vous débarrasser de ce « chat dans la gorge ». (Notez que le mucus est une réaction de membranes maltraitées pour se calmer et se protéger).

Listes de points à vérifier

Auto-évaluation

  • Comment est-ce que je me sens le soir après toute une journée de travail?
    Les muscles de ma mâchoire sont-ils tendus?
    Ma voix est-elle sourde, caverneuse?
    Ma voix est-elle rauque, éraillée?
    Y-a-t-il du mucus sur mes cordes vocales et, de ce fait, dois-je m'éclaircir la gorge fréquemment?
    Ai-je la gorge sèche? Mal à la gorge? Ai-je envie de tousser?
  • Comment est-ce que je me sens le lendemain matin?
    Ma voix est-elle étouffée, gutturale, fatiguée? Nasillarde, cassée?
  • Ou bien, au contraire, est-ce que ma voix est reposée et suis-je prête à m’entraîner et/ou à travailler de nouveau?
  • Il est important de noter si quelque chose d’insolite s’est passé pendant que je travaillais.
    Ce pourrait être un signal d'alarme à ne pas négliger! Ai-je soudainement perdu la voix?
    Ma voix a-t-elle disparu? Est-elle devenue plus aigüe ou plus basse?
    Ai-je ressenti une tension ou même une douleur dans la gorge?
    Etais-je à bout de souffle? Avais-je le souffle court et une respiration saccadée?


Annexe II

Bibliographie

DUTOIT-MARCO Dr Marie-Louise, Tout savoir sur la Voix. Comment ses accents reflètent votre caractère. Comment elle se module du bel canto au rock. Comment elle devient malade et comment la soigner. Edit. Pierre-Marcel Faure, Lausanne 1985.

PFAUWADEL Marie-Claude Respirer, Parler, Chanter, La voix, ses mystères, ses pouvoirs Edit. Le Hameau, Paris 1981.

WILFART Serge, Le Chant de l’Être – Analyser, construire, harmoniser par la voix Edit. Albin Michel, Paris 1994.

BOSTOCK Louise, Speaking in public (Parler en public) Publ. Harper & Collins, Glasgow 1994.

COLTON Raymond H./ CASPER Janina K., Understanding Voice Problems. A physiological perspective for diagnosis and Treatment. Publ. Williams and Wilkins, Baltimore, Maryland 1990.

TOMATIS Alfred, L’Oreille et le langage Edit. Le Seuil 1963.

TOMATIS Alfred, L’Oreille et la voix Edit. Laffont 1987.

TOMATIS Alfred, Nous sommes tous nés polyglottes. Edit. Fixot 1991.



Recommended citation format:
Maria Stella VERGARA BACCI DI CAPACI. "Notre voix et nos oreilles : faire passer le message". aiic.net April 16, 2003. Accessed September 17, 2019. <http://aiic.net/p/3486>.



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Comments 3

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Susanne Blach

   

I had a similar experience. My voice trainer had me do "naaaaaaa neeeeeeeee niiiiiiiiiiiiii nooooooooooo nuuuuuuuu". Eventually my neighbour popped in and asked me wether I was all right.

I like to warm up my voice in the bathing room right before the conference starts (that's why I prefer technical conferences, where there are no women). Meanwhile, my teacher says that mental or very soft trainig also does the job.

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ulla schneider

   

Dear Maristella, thank you for this excellent article. I have a very basic question: how do I know what my voice sounds like to other people? It sounds ok to me, but it may sound different in the listeners' headset, and I sometimes have a feeling my voice changes depending on the speaker I am interpreting, Taping doesn't really help, because judgment is subjective.

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Mary Fons i Fleming

   

Thank you, Maria Stella, for a much-needed reminder.

Any practical tips on where and when to do voice exercises when travelling? Many such exercises sound pretty weird - my voice teacher has me doing raspberries! - and soundproofing isn't always that good in hotels. Frankly, I'm embarrassed.

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