Lettre ouverte au Président français

Lors du retrait des troupes françaises d’Afghanistan, le gouvernement français a autorisé un petit nombre d’interprètes afghans à s’établir en France avec leurs familles. En revanche, de nombreux autres sont restés sur place et rien n’a été prévu pour étudier de nouvelles demandes de visas. La lettre ci-dessous au Président de la République française invite la France à accueillir les linguistes qui ont besoin de protection face à la dégradation de la sécurité en Afghanistan.

Août 2013

M. François Hollande
Président de la République
Palais de l’Elysée
55, rue du Faubourg Saint-Honoré
FR75008 Paris, France

Octroi de l’asile aux linguistes afghans

Monsieur le Président de la République,

Au nom de l’Association internationale des interprètes de conférence (AIIC), de la Fédération internationale des traducteurs (FIT), de l’Association internationale des traducteurs et interprètes professionnels (IAPTI) ainsi que de Red T, une organisation à but non lucratif consacrée à la protection des traducteurs et des interprètes dans des contextes à haut risque, nous sollicitons votre intervention afin que la France accorde l’asile à l’ensemble des ressortissants afghans ayant travaillé pour l’armée française en qualité de linguistes.

Les soussignées, qui représentent plus de 80.000 traducteurs et interprètes dans le monde entier, vous félicitent d’avoir personnellement doublé le nombre de visas accordés au personnel afghan, parmi lequel figurent des interprètes qui ont risqué leur vie pour fournir des services linguistiques et culturels cruciaux aux militaires français. En poursuivant une politique qui reconnaît que les linguistes sont indispensables aux opérations internationales, vous réussissez à les protéger tout en garantissant la relève.  

Nous nous félicitons qu’environ 70 interprètes et leurs familles aient trouvé refuge en France, mais nous déplorons que de nombreux autres aient été abandonnés sur place. En fait, sur les quelque 800 personnes recrutées localement, dont la plupart ont fait une demande de visa, nous croyons savoir que la majorité sont des interprètes. Malheureusement, une bonne partie de leurs demandes d’asile n’ont pas été traitées ou ont été rejetées sans guère d’explications, en fonction de critères de sélection arbitraires. Parmi ces critères figurent la nature de l’emploi exercé et le degré de danger encouru, deux critères qui ne tiennent pas compte du fait que tous les linguistes qui ont aidé les troupes françaises sont considérés comme des traîtres par les insurgés et sont particulièrement  menacés lorsque ces troupes quittent le terrain. Comme l’ont amplement montré les médias français et internationaux, ces individus constituent des cibles prioritaires dans un contexte où la sécurité ne cesse de se détériorer. Selon le dernier rapport en date des Nations Unies consacré aux victimes civiles en Afghanistan, le nombre de civils blessés ou tués a augmenté de 23% dans les six premiers mois de 2013 par rapport à la même période de l’année précédente.

Représentant la communauté internationale des professionnels des langues, nous plaidons pour que la France revienne sur sa politique et recommence à accorder des visas à nos collègues afghans. Etant donné la vulnérabilité extrême dans laquelle ils se trouvent, ces interprètes ne seront assurés de vivre en sécurité que s’ils sont accueillis en France.

Confiantes en votre bienveillance, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre gratitude et de notre haute considération,

Linda Fitchett, Présidente, AIIC
Marion Boers, Présidente, FIT
Aurora Humarán, Présidente, IAPTI
Maya Hess, Présidente, Red T


Recommended citation format:
AIIC. "Lettre ouverte au Président français". aiic.net August 26, 2013. Accessed July 21, 2019. <http://aiic.net/p/6582>.


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