Lettre ouverte à M. Emmanuel Macron

Vu la réticence continue de la France à accorder des visas de protection aux interprètes afghans, la coalition internationale de linguistes fait appel au Président pour qu’il corrige cette injustice.

Au cours de sa campagne électorale, le Président Macron a comparé le traitement réservé aux interprètes afghans locaux ayant aidé l’armée française à celui des harkis qui ont servi aux côtés des Français durant la guerre d’Algérie. Il l’appelait une trahison. Vu la réticence continue de la France à accorder des visas de protection aux interprètes afghans, la coalition internationale de linguistes fait appel au Président pour qu’il corrige cette injustice.

Août 2017

M. Emmanuel Macron
Président de la République
Palais de l’Elysée
55, rue du Faubourg-Saint-Honoré
75008 Paris
France

Les interprètes afghans qui ont aidé les troupes françaises sont-ils les nouveaux harkis ?

Monsieur le Président,

En tant que représentants des organisations européennes et internationales de traducteurs et d’interprètes soussignées, nous avons été découragés par la réticence de votre pays à accorder des visas de protection aux interprètes afghans ayant travaillé pour les troupes françaises. Nous avons néanmoins bon espoir que votre présidence corrigera cette injustice humanitaire et augmentera le nombre de relocalisations vers la France.

Au cours de votre campagne, vous avez comparé le traitement réservé aux interprètes afghans locaux ayant aidé l’armée française à celui des harkis qui ont servi aux côtés des Français durant la guerre d’Algérie. Vous avez clairement déclaré que les harkis avaient été « les victimes de la trahison de l’État français, [que nous les avons] abandonnés alors qu’ils s’étaient battus dans nos rangs. Nous avons commis une faute comparable avec nos interprètes afghans. C’était une trahison. »

Cette déclaration éclairée est très encourageante. Nous espérons qu’elle signifie que la France appliquera une politique plus honorable accordant la protection à nos collègues en danger. À ce jour, seul un nombre limité de visas a été délivré, et beaucoup ont été refusés sans explication. Cet abandon d’anciens alliés se conjugue à l’arbitraire des critères de sélection appliqués, parmi lesquels le type d’emploi et le degré de danger. Les insurgés ne sont pas aussi sélectifs : ils considèrent tous ces interprètes comme des collaborateurs et des traîtres.

Selon le rapport du Conseil de sécurité des Nations Unies en date du 15 juin 2017, la situation sécuritaire en Afghanistan reste extrêmement volatile : la période de janvier à mars de cette année dénombre le plus grand nombre d’incidents liés à la sécurité jamais enregistré pour ce trimestre depuis 2001. Le pays est tout bonnement dans la tourmente : les talibans sont encore plus puissants que lors du lancement de la mission internationale il y a 16 ans, et la menace qui plane sur les interprètes « infidèles » croît de façon exponentielle avec l’implantation d’autres groupes rebelles tels que l’organisation État islamique.

Nous vous exhortons à ouvrir la porte aux interprètes laissés pour compte et à accélérer le traitement de leurs demandes de visa. Une approche plus généreuse peut leur sauver la vie, mais est également impérative pour le succès des engagements futurs.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre haute considération,

Maya Hess, Présidente, Red T
Linda Fitchett, Coordonnatrice du groupe des interprètes en zones de conflit, Association internationale des
interprètes de conférence (AIIC)
Kevin Quirk, Président, Fédération internationale des traducteurs (FIT)
Aurora Humarán, Présidente, International Association of Professional Translators and Interpreters (IAPTI)
Angela Sasso, Présidente, Critical Link International (CLI)
Debra Russell, Présidente, Association mondiale des interprètes de langues des signes (WASLI)
Maurizio Viezzi, Président, Conférence internationale permanente d'instituts universitaires de traducteurs et
interprètes (CIUTI)
Natacha Dalügge-Momme, Présidente, FIT Europe
Ivana Bućko, Présidente, Forum européen des interprètes de langues des signes (EFSLI)
Daniela Perillo, Présidente, Association européenne des interprètes et traducteurs juridiques (EULITA)
Pascal Rillof, Président, Réseau européen pour l’interprétariat et la traduction en milieu social (ENPSIT)
Björn Bratteby, Président, Société française des traducteurs (SFT)
Sandra Faure et Rachel Fréry, Co-Présidentes, Association française des interprètes et traducteurs en langue
des signes (AFILS)
Rafael Carrillo, Président, National Association of Judiciary Interpreters and Translators (NAJIT, États-Unis)
Mohamed ElGohary, Directeur, Global Voices Lingua

Cc :
Mme Florence Parly, Ministre des Armées
M. Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des affaires étrangères


Recommended citation format:
Interpreters in areas of conflict. "Lettre ouverte à M. Emmanuel Macron". aiic.net September 4, 2017. Accessed December 11, 2017. <http://aiic.net/p/8237>.



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Comments 2

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Linda FITCHETT

   

Joëlle, si tu regardes en haut, tu verras que la lettre est publiée en  anglais et en français. Les lettres de la coalition internationale sont toujours formulées en anglais d'abord pour que toutes les associations approuvent. Celle-ci a été traduite en français pour l'envoi au Président.

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Joëlle NORDMANN-LASSERRE

   

Sérieusement? L'aiic écrit en Anglais aux autorités françaises? Dîtes-moi que ce n'est pas vrai ou expliquez-moi comment je fais avec mes clients qui disent que le "tout Anglais" c'est quand même plus pratique.

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